Un p’tit tour et puis s’en va

Déjà les jours ensoleillés s’enchainent, les flaques s’assèchent et les nuages gris se font plus rares. La saison des pluies touche à sa fin, les occasions d’observer les serpents et les grenouilles aussi. Mon colloc  avait envie de voir lui aussi des ophidiens. Les trois individus du week end dernier c’était déjà pas mal, mais j’avais envie de lui faire découvrir la richesse des marais de kaw.
Un mercredi banalisé au collège ? il ne me fallait que ça et une météo propice durant la journée du mardi pour prendre la voiture embarquer Maxence et son stagiaire, Charlie à la sortie du travail et filer sur la réserve.

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Notre départ tardif nous oblige à sauter la première étape des chutes du Fourgassié, on attaque directement la route, feux allumés et yeux grands ouverts. Le ciel est dégagé et la pleine lune éclaire la route humide. Encore elle. La dame de la nuit parée de ses lumineux atours a décidé de nous mener la vie dure. Les nocturnes ont tendance à rester au repos lorsque la lune est de sortie comme ce soir.

Nous avançons toujours au pas, guettant le plus petit indice de la présence d’un quelconque animal mais c’est un tuyau qui nous donnera notre premier frisson. Un petit tuyau serpentant sur le bord de la route. Un tuyau déguisé un serpent. On aurait préféré l’inverse.

Toujours rien, pas même un grage ou une bête grenouille à se mettre sous la dent. Je commence à me demander si on est pas venu pour rien. L’attente me fait exprimer mes doutes à haute voix quand des yeux traverse la route au loin. Nous accélérons pour essayer de surprendre la bête, mais elle file dans les herbes qui bordent le goudron avant que nous puissions distinguer correctement la silhouette de l’animal. Trop gros pour un agouti, ou un kinkajou, peut être un coati,  mais non seulement ils se baladent en groupe, et ce que nous avons aperçu nous paraissait plus massif. Peut être un chat marguay ou un ocelot, la taille et la démarche correspondrait. Hélas la certitude nous echappera.

Enfin, j’aperçois sur le bas coté des tâches caractéristiques. Le premier de la soirée. C’est un petit Dipsas catesbyi. Un mangeur d’escargot, totalement inoffensif et très relax. Il n’y a pas besoin d’être très vif pour attraper les gastéropodes.

Le reste de la route jusqu’au dégrad se déroule calmement, ponctué de deux arrêts pour deux serpents à deux têtes. Coup sur coup ils déroulent leurs anneaux devant nous, essayent de nous feinter en rampant à reculons, bref, ne déméritant pas leur surnom.

Quelques kilomètres avant d’arriver au bout du chemin, le ciel se couvre et nous offre quelques gouttes. De bon augure pour les observations futures. En effet, les petites Pristimantis se mettent à sauter sur la route. La lune a disparue et l’humidité revient. Les conditions commencent à être favorables.

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En effet, nous sommes accueillis au dégrad par un caïman à quelques mètres dans l’eau, hélas suffisamment loin pour qu’il ne soit pas possible de le prendre en photo. C’est en cherchant désespérément les jolies Dendropsophus leucophyllatus que je tombe presque nez à nez sur ce beau spécimen d’Oxyrhopus melanogerys. En chasse lui aussi, surement des mêmes proies que nous. Mais pas avec les mêmes desseins.

Charlie fouine au bord de l’eau à la recherche de la Pipa qui traîne dans le coin. Mais ce n’était pas la soirée des amphibiens. Par contre, il déniche un petit Helicops leopardinus que j’arrive à capturer avant qu’il ne s’enfuit hors de la portée de nos objectifs. Le genre Helicops est semi aquatique et totalement inoffensif. Une fois nos photos réalisées nous le laissons prendre le large dans l’eau où il disparaît en quelques secondes, nettement plus à l’aise que sur la latérite. Charlie, au taquet débusque un autre spécimen immobile qui se laisse capturer bien trop facilement. Hélas, mort. La tête écrasé. Ce dernier revêtait la livrée encore très sombre des juvéniles mais ses tâches ventrales caractéristiques de l’espèce étaient nous permettent de l’identifier.

Les grenouilles sont restées planquées et la lune est réapparue. Mes deux compagnons travaillent demain matin et doivent se lever. Nous décidons d’amorcer le retour. Nous roulons un peu plus vite et manquons surement beaucoup de choses. Un Leptodactylus nous fera faire une petite pause, ainsi qu’un Atractus flammigerus, hélas lui aussi mort écrasé. ça sera la troisième victime des hommes que nous rencontrerons cette soirée là. puisqu’a l’aller nous avions aussi vu un Chironius fuscus DOR. (abréviation pour Dead On Road)

Mais la moisson a été satisfaisante, vu les conditions. Quatre espèces vivantes et deux mortes pour cinq serpents en vie et trois écrasés. Coté amphibien par contre il faudra revenir. Si tout va bien, dès la semaine prochaine.


3 réflexions sur “Un p’tit tour et puis s’en va

    1. Quasiment oui 🙂
      Comme tu dis, c’est impressionnant ! Je m’en met plein la vue à chaque fois ^^
      C’est un des trois territoires abritant la plus grande biodiversité au monde. (quand je dit territoire, je dit plateau des trois Guyanes du bassin amazonien).
      Paradoxalement, c’est l’un des sol les plus pauvre au monde (peu organique et très minéral, d’où aussi la présence extrêmement abondante de gisements aurifères)

      A quand le prochain article Svalbardien ? 😉

      Aimé par 1 personne

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