Un voyage a Guatemala – Partie 1

J’attendais comme un gosse s’impatiente avant noël, mon dernier investissement photographique. Hélas coincé avec mon coloc en métropole à cause des grèves. Un téléobjectif (super zoom) 150-600 mm pour commencer à appréhender d’un peu plus près le monde passionnant de l’avifaune.  Or, non seulement Maxence a réussi à rentrer il y a quelques jours (en passant par la Martinique pour faire le plein), mais en plus les barrages sont ouverts depuis hier. La décision est prise rapidement, demain matin je file à Guatemala (1) essayer mon nouveau jouet dans des conditions de terrain réelles, autre que mon jardin. En espérant qu’il fasse beau et que les oiseaux soient au rendez vous.

Un Emeraude orvert (Chlorostilbon mellisugus) du jardin

Finalement, j’embarque Leïla avec moi et elle se propose même de conduire, ce qui j’avoue m’arrange bien. Pour une fois que je ne serai pas distrait par la route pour repérer les oiseaux posés sur les arbres. Le réveil à 5h30 pique un peu les yeux, le temps de se réveiller correctement de boire un truc et mon téléphone sonne. Ma conductrice et sa voiture sont devant chez moi. Nous roulons dans les premières lueurs du jour en direction du soleil levant. Déjà, je suis pressé d’observer n’importe quel piaf qui voudra bien se montrer. Déjà je suis impatient de profiter simplement de la nature, de sortir de Kourou pour la seconde fois en un mois et demi. Déjà je suis reconnaissant. Pendant que j’explique à Leila le programme de la sortie et les espèces qui fréquentent les milieux que nous allons parcourir, la bifurcation de Guatemala se présente à nous. Nous ralentissons et détachons les ceintures. La première partie est assez simple. Caler la voiture entre 15 et 20 à l’heure tout en scrutant arbres, poteaux et autres perchoirs. Nous pousserons jusqu’au dégrad où nous laisserons une première fois la voiture pour continuer à pied sur la grève.

– Stop !

Leila freine doucement. Notre première observation est là. Une buse à gros bec, posée à quelques mètres au sommet d’un arbre mort, observe la savane qui s’étend à ses pieds. Une première rencontre à l’aspect mystérieux dans la semi obscurité de l’aube naissante. Nous sortons de la voiture pour prendre quelques photos. Hélas pour moi, j’avais sélectionné le mauvais programme et la vitesse d’obturation était bien trop élevée pour la faible luminosité de l’aurore. Je ne m’en rends compte que lorsque je regarde les photos alors que le rapace a déjà pris la poudre d’escampette.

buse à gros bec 02

Au moins, les prochaines photos seront faites avec le bon réglage. Et puis, les buses à gros becs abondent dans le secteur, il ne serait pas surprenant que nous en recroisions une avant la fin de la sortie. Ou la sortie de la fin … Bref nous continuons à tracer notre route au milieu des pâtures et des savanes guatemaltec. Un autre avantage à partir observer l’avifaune avec Leila, outre le fait qu’elle conduise, est qu’elle soit aussi bizarre que moi, et que subsidiairement elle connaisse par cœur les chansons Disney. Chose rare. Comme me partageait une fois ma cousine Ella, ils ne sont pas légions les gens avec qui on peut chanter Disney à cœur joie. Nous en avons passé des heures entre cousins à écouter et ténoriser ces mélodies plus ou moins connues qui ont bercé l’enfance de millions de bambins. Nous chantons donc en attendant que l’avifaune vienne à se mettre en scène pour nous. Si nos rossignolages ont attiré les oiseaux, ou au contraire les ont fait fuir, je ne saurais l’affirmer. Toujours est-il que nous enchaînons les observations des habitués du coin.

tyran des savanes
Tyran des savanes – Tyrannus savana

Tour à tour, Tyrans des savanes, Caracaras à tête jaune, Anis à bec lisse, Sturnelle militaire et autres piliers de Guatémala viennent s’offrir à nos objectifs.

ani
Ani à bec lisse  – Chrotophaga ani
caracara 01
Caracara à tête jaune – Milvago chimachima

Le dégrad de Guatémala. Là où la route se jette dans le fleuve Kourou. Là où se termine le règne du goudron, dans l’éclaboussure de l’écume et la force tranquille de l’estuaire. Chaque port, chaque cale est pour moi, à la fois une déclaration et une invitation. L’homme qui confesse humblement que l’Océan ne peut se laisser dompter, et ce dernier qui invite chaque être humain à s’aventurer en lui. Une porte ouverte à l’exploration de l’immensité. Un appel qui résonne en moi depuis que mon père m’a appris à naviguer. Il ne reste que quelques grands espaces vierges où l’on peut désormais voyager des jours sans être constamment ramené à ce que certains appelle « civilisation ». La forêt amazonienne, le Sahara, le grand nord canadien, la Siberie et l’Océan. Seul ce dernier résiste encore aux assauts constant de l’expansion humaine. Et comme pour se venger d’un tel affront, dans son rêve illusoire de progrès infini, l’humanité dans sa bêtise a été jusqu’à édifier un septième continent.(2) Monument de pollution érigé grâce à la stupidité et la connerie d’une espèce entière, aveuglée par son orgueil.

Pluvier semi plamé  Pluviatus semipalmatus
Pluvier semi-palmé – Charadrius semipalmatus

Un pécheur est déjà là, assis il surveille ses cannes et répond à notre salut par un signe de main. Nous laissons la voiture pour longer la gréve chargée de vase et de bois flottés. Des limicoles furètent dans le coin alors que les becs en ciseaux patrouillent  en rase-motte au dessus de l’écume.

bec en ciseaux 04
Bec en ciseaux noirs – Rynchops niger

Nous dépassons une première pointe et le pécheur sort de notre champ de vision. Les oiseaux ne sont pas très nombreux, en particulier les petits limicoles qui d’habitude abondent. Aucun bécasseau en vue, seuls quelques pluviers se baladent de flaque en flaque.

Pluvier de wilson Charadrius wilsonia
Pluvier d’azara – Charadrius collaris

La marche se poursuit semée d’embûches. Il nous faut maintenant choisir soigneusement notre itinéraire entre les bancs de vases et l’enchevêtrement de troncs arrachés par la mer puis rejetés. Un pas de trop. Ma tongue reste bloquée, aspirée par la boue. Je suis bloqué, la jambe enfoncée dans la vase jusqu’au molet et l’appareil et son trépied dans les mains, dans un fragile numéro d’équilibriste. Leila vient à mon aide. Je lui confie le matériel pour libérer mes mains et extirpe d’abord mon pied, puis ma claquette.

– Léger ! me dit Leila ! Il faut de se croire léger pour ne pas s’enfoncer !
– Comme Legolas au col de Caradhras ! Lui il marche sur la neige alors que tout le monde galère. Je vois.

leila 02

Nous continuons notre progression. Léger ! est devenu notre leit-motiv. Léger ! nous nous exclamons à chaque fois que l’autre s’enfonce.  Nous parvenons enfin à notre objectif, une deuxième pointe au sol palpable. Comme pour  nous féliciter pour notre courage un groupe hétéroclite vient se poser à quelques encablures. Bec en ciseaux, mouettes atricille, sternes hansel viennent jusqu’à nous.

triplé

Un groupe de bec en ciseaux se pose un peu plus loin et Leila tente une approche quelque peu vaseuse pour les photographier d’un peu plus près.

leila 03

C’est désormais l’heure de la pause goûter durement acquise. La vase a finalement le mérite de nous protéger un peu des attaques des yen-yens (3) insistants. Assis sur un tronc, nous profitons de la quiétude du lieu et du panorama que nous offre l’estuaire tout en mangeant des crêpes. D’un coté, l’océan, de l’autre la forêt. Une histoire d’amour entre deux entités ubuesques qui cohabitent et coopèrent pour donner naissance à un biotope unique. La mangrove amazonienne. Quelques aigrettes nous survolent. La rive d’en face verdoie et le soleil joue à cache cache avec les nuages. Un bateau de pécheur vient poser ses filets.

pecheur


1 – Guatémala, en Guyane n’est pas un pays d’Amérique centrale mais un lieu dit à quelques centaine de mètres de Kourou à vol d’oiseau, de l’autre coté du fleuve. Par la route, il faut compter une quinzaine de kilomètres.

2 – Le septième continent se situe dans le pacifique nord, c’est un amas géant  et semi immergé de déchets plastique qui fait plus de six fois la taille de la france et parfois jusqu’à 30 mètres d’épaisseur. Plusieurs expéditions menée par l’association septième continent ont pu et continue d’étudier scientifiquement ce terrible phénomène. Vous pouvez consulter leur site ou regarder le documentaire d’une de leurs expés.

3 – Les yen-yens sont des petits moucherons de la famille des Cératopogonidés qui viennent piquer leurs proies comme les moustiques. On les rencontre généralement sur la plage soit tôt le matin ou plutôt en fin d’après midi. Si cette espèce est endémique des caraïbes et de l’amérique latine, on retrouve leurs cousins un peu partout sur le globe, connus sous d’autres noms, comme les arabis en Camargue ou les nonos à Tahiti.


7 réflexions sur “Un voyage a Guatemala – Partie 1

  1. Une sortie comme je les aime ! Tu dois te sentir revivre ! Non seulement tu es « libéré, délivré » (Il en faut peu pour être heureux), mais en + tu as un nouveau joujou !

    Les yen-yens, c’est l’horreur… on en avait plein en mangrove en Guadeloupe !

    Et ton caracara est très sympa !

    ps: je connais les chansons d’Aladdin par coeur…

    Aimé par 1 personne

  2. Salut Audric,
    Tiens, tiens, je reconnais quelques sympathiques espèces déjà croisées chez notre ami Jérôme 🙂 Bien sympa cette petite sortie en tout cas (les yen-yens mis à part) et la vase c’est très bon pour la peau à ce qu’il paraît (ok moins pour les objos !) 😉 J’ai toujours trouvé les becs-en-ciseaux fascinants, je suis ravi d’en croiser ici, merci pour le partage !
    Amitiés
    Seb

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