Un voyage à Guatemala Partie 2

La première partie, c’est par ici !

mangrove

Alors que l’astre du jour continue sa course infinie vers le ciel et slalom entre les nuages, nous savourons l’instant, loin des hommes et de leur folie. Pour seuls compagnons les oiseaux marins et leurs chants enroués.
Acculé à l’infini de l’océan par l’immensité de la forêt, assis sur mon arbre et respirant la fraîcheur de la brise je m’abandonne tranquillement à cette pureté. J’ai besoin de ces moments à part. De cette relation privilégiée que m’offre la Création. Là où tous les orages de l’âme se dispersent parce qu’abîmé dans la contemplation de cette oeuvre d’art vivante qu’est la nature. « La beauté sauvera le monde » affirme Mychkine (1).
En effet, il est dans l’essence même de la beauté, cette particularité, cette émotion indomptable « qui pousse même le cœur le plus hostile à se soumettre [… ] comme une force vivante qui s’emparent de nous et s’imposent à nous, et que personne, jamais, même dans les âges à venir, ne pourra réfuter. »(1) Surement pour cela que je ne conçois l’ataraxie que dans un retour à la terre et à la simplicité.

Son cri me fait soudainement tourner la tête. Le caracara était là, juste derrière nous, féroce gardien de la sérénité de ces lieux. Nous observons quelques instants la sentinelle aux noirs rémiges avant qu’elle ne s’échappe dans les airs en lançant sa plainte déchirante aux cieux ouverts.
– ça serait trop cool d’être un oiseau dis-je à Leila, imagine cette liberté ? pas de barrières pour t’arrêter, tu peux voler sur les ailes de l’aurore et laisser le vent te porter où bon lui semble !
– si je devais être un animal, je serai un poisson ! Je kiffe trop les poissons… Ou non, je serais un orque. Une orque plutôt. Je serai le chat des mers.

caracara 02

Finalement, les yen-yens auront raison de la pause et nous amorçons posément mais résolument le retour à la voiture. Nouvelle technique, cette fois. Les tongs accrochées au sac le pantalon remonté au dessus des genoux et le trépieds sur l’épaule. La vase ne nous surprendra pas deux fois. Le soleil est dans notre dos et les oiseaux ne sont plus à contre jour. C’est le moment que choisit une aigrette tricolore pour atterrir devant nous.

aigrette tri
Aigrette tricolore – Egretta tricolor

Notre attention est détournée par le spectacle d’un mignon petit pluvier qui ébouriffe ses plumes juste devant nous.

pluvier 04
Pluvier semi palmé – Charadrius semipalmatus

Quelques secondes d’inattention auront suffit pour perdre de vue l’échassier au coup gracieux. Le mimétisme de ces oiseaux dans leur milieu est impressionnant. Elle n’avait quasiment pas bougé. Je repère dans une des flaques une silhouette différente. C’est un chevalier grivelé qui traîne parmi les pluviers.

chevalier grivelé 02
Chevalier grivelé – Actitis mascularius

Nous arrivons tranquillement au dégrad. La gracieuse silhouette d’une aigrette neigeuse attire notre attention, dans une vasière proche. Je galère quelque peu à la prendre en photo, les reflets sont très gênant pour faire la mise au point, surtout de loin. Il faudrait s’approcher. Or nous venons de nous rincer les pieds pour nous débarrasser de toute la vase que nous avions ramené sur nos mollets. J’hésite. Ce n’est pas un oiseau rare, j’aurais moult autres occasions de la prendre en photo. Mais un mouvement étrange, à mi chemin de l’aigrette me convainc finalement de me salir à nouveau les pieds. Cela ressemble fort à un serpent. Au fond de moi même, j’espère fortement, qu’il s’agisse d’un jeune anaconda.

Aigrette neigeuse
Aigrette neigeuse – Egretta thula

Mais une fois un peu plus proche, je distingue nettement une petite « Koulèv lavaz ». Le nom créole pour les Erythrolamprus, une famille de couleuvres diurnes et semi aquatiques. Une première pour moi. Je tente de réduire la distance qui me sépare de l’ophidien mais celui ci s’échappe en filant dans un trou. Amusé, je me rappelle ces paroles de Jésus lues la veille : « Soyez prudent comme des serpents » (2) avait-il dit à ses disciples. L’ophidien est farouche ! On oublie souvent, ou on ne le sait tout simplement pas, que le premier réflexe de tout serpent face au danger est prioritairement la fuite. Ce n’est seulement que s’il se sent acculé qu’il va chercher à attaquer ou se montrer menaçant. Même chez les espèces les plus venimeuses. Mais c’est souvent l’ignorance qui conduit à la peur. « La peur est le chemin vers le côté obscur : la peur mène à la colère, la colère mène à la haine, la haine… mène à la souffrance. » (3) Trop d’animaux sont tués simplement par ignorance. Mes élèves lorsqu’ils découvrent un serpent ne réfléchisse pas, leur premier réflexe, c’est de tuer. La question n’est même pas – selon moi – de savoir s’il est venimeux ou pas. Sous prétexte qu’il représente un danger quand on l’agresse, doit-on pour autant le tuer ?

erythro
Erythrolamprus cobella

Leila, constatant la disparition de la couleuvre au fond du trou de vase, me regarde d’un œil interrogateur :
– ça veut dire que potentiellement y’a plein de serpents dans la vase juste là ?
– ça veut dire que dans chacun de ces trous, il y a potentiellement un serpent qui se cache au fond ouai, mais moi je trouve ça plutôt cool !

Nous regagnons la bande de sable pour nous laver une nouvelle fois les pieds avant de reprendre la voiture. Direction un petit layon très bien fréquenté. J’espère y croiser des des pics jaunes et des buses à tête blanche, des singes, des piayes, des paresseux… Mais ce sont plutôt les moustiques qui nous accueillent. Nous progressons avec précaution dans le sous bois pour ne pas faire trop de bruit. De temps en temps, un claquement irréfrénable retentit. Quelques moustiques viennent de passer de vie à trépas. Les yeux J’examine chaque branche, j’écoute chaque bruit et soudain nous somme récompensé. Un éclair jaune file au dessus de nos têtes pour se poser dans un arbre un peu plus loin. Le temps de le montrer à Leila qu’il est déjà reparti. Pas de photo du pic jaune (Celeus flavus) pour aujourd’hui.

L’arrêt  nous aura été fatal. Deux proies immobiles au milieu de la forêt, le rêve de tout diptère suceur de sang. Le festin peut commencer et les moustiques se régalent. Nous avançons en luttant contre les démangeaisons. Un peu plus loin, dérangé par notre lutte acharnée contre les insectes anthropophages un rapace non identifié s’envole. Il était posé à coté d’un nid. Surement le sien vu la taille. Je prends note  de l’endroit. Il peut être intéressant de retourner là bas avec plus de précaution pour voir qui donc, prévoit de nicher à cet endroit. Finalement, dans une ouverture, un peu avant la fin du layon, j’aperçoit sa silhouette. La buse à tête blanche est perchée sur une branche haute et nous tourne le dos. nous pouvons l’observer à loisir, tant que nous supportons les moustiques.

buse à tête blanche
Buse à tête blanche – Busarellus nigricollis

Sur le retour c’est un pic de malherbe qui nous joue le même tour que son cousin jaune. Décidément, ça n’est pas la journée pour shooter les pics. Mais ce tour, même court, sous la sylve amazonienne m’aura ravi. La forêt dégage une ambiance mystérieuse et sauvage. Ses frondaisons impénétrables, sa fraîcheur. Ce mélange entre  la solennité de ces arbres vénérables et l’exubérance de la végétation m’avait tellement manqué que j’éprouve le besoin de l’exprimer à voix haute. C’est bon d’être ici.

Nous finissons chassés du layon par les moustiques. C’est l’heure de reprendre la voiture et de rentrer tranquillement en chantant le « jungle jazz » et autres « je veux savoir » (4)

Avant de définitivement quitter la zone, une buse à gros bec nous interrompt le temps de quelques photos.

buse gros bec
Buse à gros bec – Rupornis magnirostris

Le retour sur Kourou se fera en fin de matinée. Fatigués et piqués, mais satisfaits et reconnaissants. Cela m’a fait un bien fou de sortir vraiment de Kourou, après presque un mois d’immobilité et aucune sortie forêt. Il me faut encore peaufiner quelques réglages avant de prendre bien en main mon nouvel objectif, mais les premières photos ne me font absolument pas regretter mon achat. Demain, je planifie un affût au petit matin dans une zone où les palmiers bâches et leurs fruits attirent un certain nombre d’oiseaux.


1 – Prince Mychkine dans l’Idiot de Fédor Dostoïevski

2 – Extrait de la Bible l’évangile de Matthieu, chapitre 10 verset 16, Jésus qui parle à ses disciples.

3 – Yoda à Anakin Skywalker dans Star Wars La menace fantôme (1999)

4 – « Je veux savoir » et « jungle jazz » Chansons composées par Phil Collins issues de la BO du dessin animé Tarzan (1999)


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